Mon assiette, c’est mon assiette
Période : —Contexte : un pique-assiette au restaurant
Lettre à : ouverteÉmotion : contrariée et amusée
Lis pourquoi je suis capable de partager plein de choses dans la vie — sauf le contenu de mon assiette.
On est au restaurant. Mon plat arrive enfin. Ce soir, j’ai commandé un beau saumon grillé, des légumes et surtout des frites. Je m’apprête à savourer. Et là, sans prévenir, une fourchette qui n’est pas la mienne plonge dans mon assiette.
« C’est juste pour goûter », on me dit.
Goûter, d’accord. Un légume, un morceau de poisson, pourquoi pas. Mais on ne goûte pas de frites. Les frites, ça ne se goûte pas — ça se dévore. Une, puis deux, puis on ne compte plus. Et je regarde mon petit tas fondre à vue d’œil, sous une fourchette qui effectue des allers-retours de plus en plus énergiques.
Alors, je finis par demander : « Tu vas encore en goûter beaucoup ? »
Et c’est là que tout se retourne. On me regarde comme si ma réaction était exagérée. Comme si tenir à mes propres frites était une bizarrerie de caractère. Je sens que, finalement, c’est moi la compliquée.
Alors, je souris et je rapproche discrètement mon assiette de deux centimètres, comme une dernière ligne de défense.
Je sais bien que c’est un détail. Que dans une vie, quelques frites ne pèsent pas lourd. Et pourtant, moi qui partage volontiers tant de choses au quotidien, je bloque sur le contenu de mon assiette.
Mais mon assiette, laissez-moi ça. Mon assiette, c’est mon assiette.